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Les églises évangéliques contre la démocratie.

Dernière mise à jour : 26 sept. 2022


Les pasteurs vont gagner les élections d’octobre (3).


Quel que soit le résultat du scrutin présidentiel d’octobre prochain, le lobby évangélique aura marqué des points. La stratégie d’influence conduite par la mouvance pentecôtiste et néo-pentecôtiste est conduite au niveau des communes et des Etats fédérés. Elle devrait se traduire par de sérieuses avancées au sein du Congrès fédéral à l’issue des consultations prochaines. Tous les observateurs informés le confirment : les groupes de parlementaires qui représentent la mouvance évangélique devraient être plus nombreux sur la législature à venir. Ces groupes pourraient faire ou défaire les larges majorités d’élus sur lesquelles doit s’appuyer l’exécutif pour faire approuver des textes législatifs. L’enjeu des prochaines élections n’est pas seulement de savoir qui de Lula ou de Bolsonaro va l’emporter. Il est aussi lié à la capacité d’influence politique que pourrait avoir à compter de 2023 le puissant mouvement religieux créé par les églises évangé-liques.


Pourquoi la victoire du camp évangélique au Congrès est-elle d’ores et déjà annoncée et considérée comme très probable ? La réponse tient en deux considérations. Les candi-dats de cette mouvance disposent d’avantages significatifs par rapport aux autres postulants à un mandat de député ou de sénateur. Ils sont souvent présentés et soutenus par des partis du centrão [1]. Entre ces formations et les personnalités politi-ques liées aux églises pentecôtistes, s’est nouée une alliance basée sur des conver-gences idéologiques et tactiques. Entrent aussi en jeu des considérations bassement matérielles.


Atouts des candidats évangéliques.


Les candidats qui se présentent à la députation fédérale (et dans une moindre mesure au Sénat) et se revendiquent d’un lien avec une église pentecôtiste sont plus nombreux que jamais. Tous ces postulants peuvent compter sur un électorat populaire captif qui est formé des fidèles de leur communauté et de tous les crentes (croyants) qui, même s’ils ne connaissent pas le candidat personnellement, lui accordent d’emblée un crédit parce qu’ils incarnent un univers spirituel qui leur est familier. Les pasteurs, frères, mission-naires, "évêques" qui postulent un siège au Congrès ont donc d’emblée une image favo-rable auprès d’un large segment de l’électorat. Dans une élection très personnalisée, la stature du candidat et les sentiments qu’il inspire à ses électeurs potentiels sont extrê-mement importants. Les personnes qui exercent un ministère au sein d’églises pente-côtistes et néo-pentecôtistes sont des têtes de listes recherchées par tous les partis dont les discours et la vision de la société ne contredisent pas le langage des leaders reli-gieux.


Quiconque a assisté à un culte de l’IgrejaUniversal do Reino de Deus, de l’Eglise Renascer ou de la Congregação Cristã no Brasil l’a perçu : les officiants sont des professionnels de la mise en scène, d’une liturgie et d’un art oratoire qui jouent sur l’émotion des parti-cipants. L’office alterne commentaires bibliques, confessions publiques de membres de la communauté, chants et expression corporelle. Cette capacité à travailler l’émotion des fidèles utilise les compétences qui sont celles d’acteurs, les postures de grands mystiques et une mémoire inépuisable des textes bibliques sélectionnés et mobilisés en fonction des circonstances. Tous ces talents sont évidemment mobilisés par les pasteurs ou missionnaires dès qu’ils deviennent des candidats briguant des suffrages, battent des estrades et haranguent des foules.


Le pasteur évangélique, les missionnaires

et leurs acolytes sont des voisins

sur lesquels les exclus des périphéries

peuvent compter.


La capacité de ministres de cultes évangéliques à capter un électorat populaire ne repose pas seulement sur leur maîtrise de l’art théâtral, leur charisme ou une puissance de séduction. Pour les millions d’habitants de nombreuses banlieues, ils sont les repré-sentants évidents de réseaux religieux qui prennent en charge les populations, leur apportent un soutien à la fois spirituel, psychologique et matériel. Ils incarnent des institutions qui remplacent souvent l’Etat absent, l’Etat des services à la population qui a disparu des périphéries ou n’y est jamais vraiment entré. Le pasteur, le frère, le mission-naire sont les personnages-clés de réseaux qui protègent (contre la toute-puissance de la grande criminalité, des gangs du trafic de stupéfiants), assurent un minimum de sécurité (dans un univers extrêmement violent), apportent une aide financière en cas de diffi-cultés, encadrent les enfants, etc… Certes, l’engagement des églises pentecôtistes et néo-pentecôtistes est souvent intéressé. Astreints au paiement de la dîme, les fidèles permettent à de nombreux pasteurs et missionnaires d’accumuler rapidement des patrimoines significatifs, voire des fortunes. Les "évêques" et leurs familles comptent parmi les Brésiliens les plus riches. Cela choque pourtant moins des pentecôtistes gavés de théologie de la prospérité que les catholiques des centres-villes. Les masses de la périphérie constatent que l’église pentecôtiste qu’ils fréquentent ne les laisse pas tom-ber, qu’en assumant leurs obligations de fidèles, ils bénéficient d’une sorte "d’assurance sociale".


Temple néopentecôtiste dans une banlieue.


Le pasteur évangélique, les missionnaires et leurs acolytes sont des voisins sur lesquels les exclus des périphéries peuvent compter. Les élus qui n’appartiennent pas à cette mouvance ont par contraste une image exécrable. Ils sont les représentants d’un Etat qui a abandonné ces périphéries. Ils font partie d’une caste dont les membres n’auraient qu’une seule ambition : bien vivre sur le dos du peuple… Les discours que ces politiciens utilisent et les promesses qu’ils multiplient sont vus comme des stratagèmes destinés à camoufler des ambitions personnelles d’accès au pouvoir et aux privilèges. Voter pour ces candidats, c’est contribuer à l’œuvre de Satan. Par opposition, les gens d’églises évangéliques présentent leur engagement électoral comme la réponse à un appel divin qui leur aurait été personnellement adressé. En portant leurs suffrages sur celui ou celle qui dit avoir reçu un tel appel, les crentes contribueraient donc à l’accomplissement d’un projet dépassant une simple compétition électorale. Ils participent concrètement à la "bataille spirituelle". Dans leurs discours et leur propagande électorale, les candidats évangéliques mélangent sans aucun scrupule les considérations religieuses et les arguments idéologiques et politiques. Des versets bibliques se retrouvent sur les affiches et les tracts. Ils concluent souvent les messages postés sur les plateformes numériques. L’expérience prouve que ce type de stratégie (qui transgresse allègrement le caractère laïc du scrutin) est efficace auprès d’un large public. Cette confusion du profane et du religieux contribue à créer ou à renforcer le lien de proximité que le candidat doit construire avec ses électeurs. Irmão vota em irmão (un frère vote pour un frère), dit-on souvent dans les églises pentecôtistes.



Affiches de propagande de candidats pasteurs.


Pour de nombreux partis qui tolèrent ou encouragent cette méthode de marketing, les leaders religieux sont d’excellents candidats. A la pêche aux voix, avant même que les filets soient lancés, ces pêcheurs savent qu’ils ne rentreront pas bredouilles.


Convergences avec le centrão.


Les partis qui forment le centrão sont des organisations sans orientation politique bien définie. Ils peuvent rallier n’importe quel gouvernement fédéral qui sait être attentifs à leurs appétits de pouvoir et de ressources financières. Cette remarque ne signifie pas que ces formations opportunistes soient capables de n’importe quelle contorsion idéo-logique. Elles appartiennent en réalité à la droite dure traditionnelle et au centre-droit. A l’échelle des Etats fédérés et des municipalités, elles sont souvent animées et repré-sentées par des notables appartenant à des familles qui détiennent depuis des géné-rations les rênes du pouvoir local et s’y accrochent. Il est difficile de trouver des leaders nationaux de tel ou tel de ces partis qui ne soit pas le descendant d’une vieille oligarchie régionale. Autant dire que les états-majors de ces organisations attrape-tout ne sont pas des partisans de la révolution sociale ou même de quelques réformes radicales qui remettraient en cause la société d’ordre à laquelle ils sont attachés et grâce à laquelle ils prospèrent. L’engagement politique à l’échelle de l’Etat fédéré d’origine, le mandat re-cherché puis renouvelé le plus longtemps possible ont pour objectif de consolider un statu-quo dans la gestion des pouvoirs à tous les niveaux de la vie publique. Ce con-servatisme revendiqué s’adapte parfaitement à la vision religieuse de la misère, des iné-galités et des fractures sociales que propagent les églises pentecôtistes. Pour les crentes et leurs pasteurs, ces maux ne sont pas les produits d’un système socio-économique qu’il faudrait réformer ou renverser. C’est l’action de Satan chez les individus dont la foi est défaillante qui conduit ces derniers à vivre dans le malheur, la pauvreté, l’exclusion et les souffrances de toutes formes. C’est donc une cure individuelle, un engagement person-nel plus résolu dans la vie religieuse qui peuvent les sauver.


Les délires outranciers du "wokisme"

importé constituent d’extraordinaires

aubaines pour les mouvements

chrétiens fondamentalistes.


Entre le conservatisme traditionnel de l’oligarchie et des notables locaux et la mouvance évangélique, il existe encore une autre zone de convergence politique qui est celle de la lutte contre une idéologie inspirée des courants du "wokisme" nord-américain. L’idéologie du genre, un nouveau radicalisme des minorités (sexuelles, ethniques) inspirent désor-mais de nombreux milieux intellectuels et politiques de gauche a Brésil. Des travaux universitaires repris par des discours militants poussent à l’extrême l’opposition entre na-ture et culture en avançant que toutes les constructions sociales relèveraient d’un pur arbitraire. L'instinct maternel ne serait qu'une pure construction historique. Ce serait éga-lement le cas de tout ce qui fonde l’identité féminine et masculine. Dès lors, la mission centrale des intellectuels, du système éducatif et des gouvernants serait de "dé-construire" à marche forcée ces constructions en raison de leur caractère arbitraire, supposé oppressant. L’influence du "wokisme" sur la gauche brésilienne c’est aussi la thèse selon laquelle les discriminations (qu’elles concernent le sexe, l’origine ethnique ou l’orientation sexuelle) seraient les déterminants principaux (voire exclusifs) du destin des individus.


Les délires outranciers de ce "wokisme" importé constituent d’extraordinaires aubaines pour les mouvements chrétiens fondamentalistes (évangéliques et catholiques) et la droite qui s’en servent pour renforcer leur offensive sur le terrain des mœurs. Assimilant à ces "théories de la déconstruction" tous les efforts destinés à promouvoir l’égalité fem-mes-hommes, la lutte contre les discriminations sexuelles ou en faveur du droit à l’avor-tement, la droite dure et les chrétiens fondamentalistes dénoncent ce qui serait une of-fensive organisée et menée sur plusieurs fronts contre la famille traditionnelle. Pour-fendant avec l’idéologie du genre un "lobby gay" et un mouvement "d’homosexualisation du pays", les églises pentecôtistes et les partis de la droite radicale se rejoignent pour défendre la famille chrétienne donc la survie serait en jeu. Pour les crentes et leurs pasteurs, le combat contre ce "wokisme" importé est l’enjeu central de la fameuse ba-taille spirituelle. Pour leurs alliés des partis de droite et du centre-droit, il s’agit de sauver les fondements de la société qui seraient menacés d’effondrement. Les populations mar-ginalisées des périphéries n’ont aucun mal à épouser ce discours. Elles savent que la cellule familiale et la communauté religieuse sont les seuls espaces de solidarité sur les-quels elles peuvent miser. Les pasteurs qui accompagnent ces populations reprennent souvent le discours de la droite politique : les efforts de la nouvelle gauche "wokiste" pour s’attaquer à la famille seraient l’expression d’un "marxisme culturel" qui aurait pris la place du marxisme traditionnel. L’argument sert de prétexte à développer une rhétorique anti-communiste qui soude la droite dure et les milieux évangéliques.


Une convergence d’intérêts…..financiers.


Les formations conservatrices de la droite et la mouvance évangélique partagent donc des causes communes. En intégrant des représentants évangéliques, les premiers ga-gnent une forme d’honorabilité qui ne peut pas leur faire de mal. De leur côté, pour réaliser ce qui serait un dessein divin, les candidats pentecôtistes et néo-pentecôtistes peuvent compter sur le renfort de partis dont le pragmatisme est à toute épreuve. Les campagnes électorales sont des opérations exceptionnellement coûteuses au Brésil. Sur les années et les semaines qui ont précédé l’échéance électorale à venir, les formations politiques de la droite dure et du centre-droit ont disposé et ont accès à des ressources financières considérables.


Une première catégorie de ressources a permis de préparer dès 2020 le scrutin de 2022 en donnant satisfaction aux innombrables élus locaux qui sont les agents essentiels relayant les candidats en période de campagne. Ces ressources proviennent de ce que la presse brésilienne a rapidement désigné sous le terme de "budget secret". La Constitution prévoit que les parlementaires puissent élaborer des amendements au budget. En présentant ces amendements, ils demandent qu’une partie des crédits dis-crétionnaires inscrits dans la Loi de Finances soit utilisée pour financer la réalisation de projets (amélioration d’un service de santé et d’éducation, voirie, aménagements urbains, autres infrastructures, etc..) qui concernent directement la vie de leurs électeurs et le dé-veloppement de leur circonscription. Si l’amendement proposé est accepté par l’exécutif, le député ou le sénateur peut s’en prévaloir dans sa région puisqu’il a agi afin de répon-dre aux attentes de maires, d’assemblées municipales ou de gouverneurs [2].


Les procédures d’amendements au budget obéissent à des normes précises. Le mon-tant des amendements individuels est le même pour chacun des 513 députés et 81 sénateurs, indépendamment du parti d’affiliation ou de l’Etat fédéré d’origine. Les flux fi-nanciers sont tracés. Cela signifie qu’il est possible d’identifier l’auteur de l’amendement, le projet auquel il a fait référence pour justifier sa demande, les collectivités territoriales qui ont bénéficié in fine du transfert de ressources publiques, les appels d’offre passés, les opérateurs privés sollicités (entreprises de BTP, fournisseurs d’équipements hospi-taliers, compagnies de transport, etc…). Les organismes de contrôle et les électeurs peu-vent suivre toutes les opérations sur des plateformes gérées par le gouvernement fédé-ral et par le Sénat [3].


En 2020, avec l’aval du Président Bolsonaro, les leaders de la Chambre des députés et du Sénat (et avec eux les partis du centrão) ont innové en créant une nouvelle modalité d’amendements parlementaires au budget : les amendements présentés par le rap-porteur de la Loi de Finances. Contrairement aux amendements individuels, dans les-quels chaque membre du Congrès choisit de manière autonome où ira l'argent, dans le cas des amendements du rapporteur, c'est ce dernier qui centralise les demandes des parlementaires et les envoie aux ministères pour exécuter les dépenses, dans une négociation qui passe par les principaux dirigeants du Congrès, en particulier les présidents de la Chambre et du Sénat. L’expression de budget secret a été utilisée parce que le dispositif consiste à libérer des sommes considérables pour répondre à la de-mande d’élus non identifiés et au bénéfice de leurs bases locales dans des conditions d’opacité presque totale. Les parlementaires indiquent au rapporteur les sommes qu’ils estiment nécessaires pour répondre à des besoins et demandes de leurs fiefs électoraux. La répartition entre élus du budget secret est réalisée par les Présidences des deux Chambres qui négocient directement avec l’exécutif. Ce dernier libère les fonds en con-trepartie d’un engagement de soutien politique. Ce nouveau dispositif a fait bondir le montant total des crédits budgétaires alloués aux territoires sur la base d’amendements parlementaires. En 2019, les sommes effectivement engagées pour répondre à des demandes d’amendements de députés et de sénateurs correspondaient à l’équivalent de 3,21 milliards de dollars. Elles atteignent l’équivalent de 6,55 milliards d’USD l’année suivante (dont 3,84 milliards d’USD au titre des amendements de rapporteurs). En 2021, les crédits versés au titre d’amendements parlementaires correspondent à un peu plus de 6 milliards d’USD (dont 3 milliards pour les amendements de rapporteurs). Enfin, sur les six premiers mois de 2022, les montants respectifs sont de 7,38 milliards et 3,18 mil-liards d’USD.


Les fonds d'origine publique captés

cette année par le centrão pour faire

campagne sont plus élevés que jamais.



Précision essentielle : les amendements du rapporteur ne suivent aucun critère objectif de répartition au moment de la libération des fonds. L’utilisation des fonds à l’échelle lo-cale ne peut pas être tracée. Les ressources libérées par l’exécutif fédéral aboutissent dans les caisses de municipalités ou de gouvernements d’Etats fédérés. Elles sont utili-sées pour financer des programmes de santé et d’éducation, la politique de sécurité pu-blique, des actions sociales ou des infrastructures diverses. Si les règles de transparence et d’égalité sont ici abandonnées, les relais politiques locaux (maires, membres d’assem-blées municipales et d’Etats fédérés, gouverneurs, etc..) savent parfaitement à quel parlementaire et à quelle formation politique ils sont redevables des fonds ainsi obtenus. Ils savent à qui ils devront renvoyer l’ascenseur en période de campagne au moment du vote. Très souvent, les candidats qui bénéficient aujourd’hui de ce renvoi d’ascenseur sont des candidats des partis de la droite dure ou du centre-droit. Les quatre principales formations considérées comme des piliers du centrão sont les grands bénéficiaires de ce "budget secret". Une estimation portant sur l’analyse de 29,7% des fonds versés entre 2020 et 2021 montre que ces formations auraient reçu 65% des sommes libérées. Si l’on applique ce taux à l’ensemble des crédits effectivement versés sur les deux années (36,8 milliards de BRL), cela signifie que la moyenne des fonds versés et bénéficiant à la base de chaque élu affilié à l’une des quatre formations a été sur deux ans de 144,9 millions de BRL (environ 27 millions d’USD).


Le "budget secret" aura préparé la campagne. Depuis août dernier, il faut la réaliser. Cette année, les partis du centrão peuvent mettre à la disposition de leurs candidats des res-sources impressionnantes. Aux initiatives de collecte de suffrages que ceux qui exercent des ministères religieux pourront mener auprès de leurs ouailles, les partis du marais ajoutent une précieuse contribution en finançant largement tout le travail de séduction à réaliser hors des temples, au-delà des réseaux religieux.


En principe, le financement privé des campagnes (les dons directs d’entreprises et de particuliers à des partis ou candidats) est désormais interdit. Pour fonctionner et pour préparer les élections, les formations politiques doivent compter sur des ressources publiques. Le premier concours de l’Etat est opéré via le Fonds de soutien aux Partis, le Fundo Partidario, qui verse chaque mois une dotation à chaque formation déclarée. Cette dotation est composée de deux parties. La première (5%) du Fonds est répartie également entre toutes les formations reconnues. La seconde (95%) est répartie entre les organisations sur la base du nombre de sièges qu’elles détiennent à la Chambre à la Chambre des députés. Les quatre principales organisations du centrão (le Parti libéral, le Parti des Républicains, le Parti Progressiste, et União Brasil) sont en 2022 les principaux bénéficiaires des fonds publics destinés à soutenir la vie des partis. La "bande des quatre" a reçu sur les huit premiers mois de 2022 une dotation de 200,84 millions de BRL (environ 39 millions d’USD) du Fundo Partidario), soit plus de 31% du total des financements fournis par l’Etat fédéral au titre de la prise en charge des frais de fonctionnement des orga-nisations politiques. Avec ces concours, les appareils politiques peuvent assumer des frais de fonctionnement (salaires, dépenses courantes, etc..), financer des voyages, gérer des plateformes numériques, etc..


Coupole de la Chambre des députés la nuit.


Les quatre organisations comptent aussi parmi les principaux bénéficiaires du Fonds électoral (Fundo Eleitoral), une ligne de crédits inscrite au budget fédéral et que les diffé-rents groupes parlementaires ont cherché à doper au moment de la discussion de la loi budgétaire. Ce financement n’est fourni qu’à l’approche d’échéances électorales. Lors des élections générales de 2018, les partis présentant des candidats avaient bénéficié d’une contribution totale de 1,7 milliard de BRL. Pour les scrutins de 2022, cette contribution est de plus de 4,961 milliards de BRL (957,7 millions d’USD). Les quatre partis du centrão n’ont pas été les derniers à suggérer une augmentation conséquente de la dotation du Fonds. Celle-ci est répartie entre les formations en fonction de divers critères dont les princi-paux sont les nombres de sièges détenus à la Chambre et au Sénat. Ensemble, les quatre partis mentionnés regroupent 230 députés (44,8% de l’effectif total) et 23 séna-teurs (28,4%). Sur l’enveloppe totale du Fonds électoral prévue pour 2022, les quatre partis du centrão vont recevoir 1,646 milliard de BRL pour financer leurs campagnes électorales, soit plus du tiers de l’enveloppe totale.


Le 2 octobre prochain, sur les 10564 candidats à un siège de députés fédéral officielle-ment en lice à l’échelle nationale, 2064 se présentent sous l’étiquette d’un des partis du centrão. Ce groupe de postulants compte plusieurs centaines de pasteurs, missionnaires ou "frères" d’églises évangéliques. Ces derniers se présentent aussi sous d’autres étiquet-tes (le Parti Social Chrétien, Patriota, Parti Démocrate Travailliste, etc..), des groupes pro-ches du centrão et qui se rallient souvent à la "bande des quatre" dans les débats parlementaires. Pour les sénatoriales, on compte 240 candidats, dont 44 sont présentées par les quatre formations citées plus haut. Ici encore, la mouvance pentecôtiste et néo-pentecôtiste n’a pas été oubliée.


Si l’on en croit les augures, le prochain Président sera soit le titulaire actuel du poste, soit l’ancien chef de l’Etat et leader de la gauche Lula da Silva. Un autre pronostic est répété par tous les experts en élections : le nombre de sièges détenus par les formations du centrão à la Chambre et au Sénat sera bien plus important dans la prochaine législature qu’aujourd’hui. Supposons que l’avantage que lui donnent les sondages soit maintenu jusqu’à la fin octobre (il y a aura certainement un second tour) et que Lula remporte le scrutin présidentiel. Le Président de gauche trouverait alors face à lui un centrão plus puissant et une bancada evangélica plus forte. Quels scénarios s’imposeraient alors ? C’est à cette question que tentera de répondre un quatrième et dernier post de cette série.


A suivre : Lula face à une droite religieuse et populaire.



 

[1] En complément à cet article, lire le post Lorsqu’une élection peut en cacher une autre. https://www.istoebresil.org/post/lorsqu-une-élection-peut-en-cacher-une-autre

[2] Les amendements peuvent être présentés par des élus individuellement ou par des groupes de parlementaires. Jusqu’en 2014, l’exécution de ces amendements comme celle d’autres dépenses non obligatoires était effectivement discrétionnaire. L’exécution effective était un levier qu’utilisait l’exécutif pour construire ou renforcer sa majorité au Congrès : il négociait avec les parlementaires l’exécution des crédits concernés en con-trepartie de votes favorables aux projets qu’ils présentait. En 2014, un amendement constitutionnel a rendu obligatoire l’exécution de crédits correspondant à des demandes de parlementaires isolés. Un autre amendement à la Loi Fondamentale de 2019 étend cette disposition aux amendements présentés par des groupes d’élus. Elle signifie que le gouvernement ne peut plus utiliser comme arme de négociation avec les députés et sé-nateurs la libération des amendements traditionnels pour élargir ou consolider des majo-rités parlementaires lors de votes au Congrès. [3] Les élus élaborent leurs amendements individuels en bénéficiant de conseils de techniciens de ministères. Les élus doivent présenter des études qui justifient (ou non) les besoins de la commune ou des Etats fédérés. Cela signifie que les fonds débloqués vont en général effectivement à des communes ou des Etats fédérés qui en ont besoin pour mener un projet ou réaliser une construction.

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