2021/2022 : la reprise économique freinée (3).


Pauvreté accrue, affaissement des classes moyennes.


Avec la timide reprise de l’activité que connaît le pays depuis la fin 2020, deux Brésils très différents semblent émerger. D’un côté, sur les pôles agricoles de l’intérieur du pays, la croissance qui s’est maintenue pendant la première phase de l’épidémie est stimulée par le cycle de hausse des prix mondiaux des denrées exportées [1]. L’effet multiplicateur de l’accroissement de richesse joue mais sa portée reste limitée. De l’autre, autour des gran-des métropoles du Sud-Est et du Sud du pays, l’économie locale qui repose sur des in-dustries et des services traditionnels est encore à la peine. Dans les Etats du Sud-Est et du Nord-Est, sur les grandes mégapoles urbaines de ces régions, les prévisionnistes an-noncent une croissance faible (souvent très inférieure à la moyenne nationale), le main-tien d’une situation très dégradée sur le front de l’emploi, un affaiblissement des revenus et la paupérisation d’une grande partie de la population.


Après plus de quinze mois de crise sanitaire, la polarisation n’est pas seulement écono-mique. Elle est aussi sociale. Les mesures de soutien de l’activité engagées au début de 2020 n’ont pas permis d’éviter une profonde dégradation du marché du travail. Le taux officiel de chômage [2] atteint des niveaux records (14,7% en avril 2021). Cet indicateur ne suffit pas pour évaluer la situation de l’emploi. Il faut aussi observer le taux de sous-utili-sation de la main d’œuvre [3] qui prend en compte toutes les catégories d’actifs sans activité régulière, contraints à des temps partiels ou ayant abandonné par désespoir toute recherche d'emploi. A l’échelle nationale, ce taux de sous-utilisation était de 24,3% à la fin de l’année 2019, avant la crise sanitaire. Au premier trimestre 2021, après un an de pandémie, il atteignait 29,7%. Cette moyenne nationale cache de grandes disparités ré-gionales. Dans les Etats où l’activité dépend fortement de l’agronégoce, le taux de sous-utilisation de la main d’œuvre est plus faible (16,7% dans le Mato Grosso, 18,7% dans le Paraná). Sur les exploitations et dans les activités d’amont et d’aval, les emplois ont été maintenus. L’indicateur atteint en revanche des valeurs proches ou plus élevées que la moyenne nationale sur les régions pauvres du Nord-est ou dans les Etats industriels du Sud-est. Ainsi, il est proche ou supérieur à 40% dans les Etats de Bahia, du Pernambouc ou du Ceará. Au premier semestre 2021, après 15 mois de pandémie, sur les 111,8 millions de Brésiliens en âge de travailler, 33,252 millions n’avaient pas d’emploi régulier à plein temps dans le secteur formel ou dans l’économie informelle.



File de demandeurs d'emplois au centre de São Paulo en juin 2021.


Progression de la pauvreté.


Même si les secteurs traditionnels de l’économie (industrie manufacturière, commerce, restauration, services domestiques) connaissent une reprise d’ici à la fin 2021, cette di-chotomie entre deux Brésils devrait persister en 2022. La dégradation plus ou moins forte du marché du travail entraîne une élévation de l’incidence de la pauvreté. Celle-ci avait déjà augmenté à partir de 2015, alors que le Brésil entrait en récession. Au cours de la première année de pandémie de Covid-19, la trajectoire d’expansion de la pauvreté a été temporairement interrompue en raison de la mise en œuvre (à compter d’avril 2020) d’un dispositif d’aide d’urgence. Les individus et ménages les plus modestes ont reçu alors pendant cinq mois consécutifs (jusqu’en août) une allocation mensuelle de 600 reais pouvant être portée à 1200 reais pour les familles monoparentales. Le dispositif a été prolongé sur les quatre derniers mois de 2020 et le montant de l’allocation a alors été divisé par deux. Grâce à ce programme d’assistance temporaire, les classes D et E de la population (voir encadré ci-dessous) ont vu leur revenu mensuel augmenter en moyenne de 23,4% en 2020. En dépit de mesures de confinement, de pertes d’emplois et d’activité, le paiement sur neuf mois de l’allocation d’urgence aura permis à 68,2 millions de personnes (32,2% de la population du pays) de maintenir un niveau minimal de consom-mation. Sans cette indemnité, il est probable que la contraction du PIB en 2020 aurait été bien plus forte que la chute observée (-4,1%). L’incidence de la pauvreté aurait considé-rablement progressé.



Une équipe de chercheurs de l’Université de São Paulo (USP) a évalué l’impact de ce dis-positif exceptionnel et de son retrait au début de 2021. Pour définir la pauvreté et l’ex-trême pauvreté, ces experts utilisent les indicateurs de la Banque Mondiale [4]. La ligne de pauvreté au Brésil aura été de 436 reais par mois en 2020 et de 469 reais en 2021. Quant à la ligne d’extrême pauvreté, elle est passée de 151 reais à 162 reais mensuels. A partir de ces indicateurs, le tableau ci-dessous présente les taux de pauvreté établis par les chercheurs et le nombre de personnes concernées en distinguant cinq situations et scénarios. Avant la pandémie, à la fin 2019, les Brésiliens vivant en dessous de la ligne de pauvreté étaient 51,9 millions (24,8% de la population) et ceux considérés comme extrê-mement pauvres représentaient un effectif 13,9 millions de personnes (6,6% de la popu-lation totale).


Incidence de la pauvreté à l'échelle nationale.

Source : Centre de recherche en macroéconomie des inégalités - USP.



En juillet 2020, le dispositif d’allocation d’urgence a eu son impact maximum, l’effectif de bénéficiaires étant alors le plus élevé. A l’époque, le taux de pauvreté a alors atteint 20,3% et le taux d’extrême pauvreté 2,4%, soit les niveaux les plus faibles observés en 40 ans. Ces considérations signifient que pendant la première phase de mise en œuvre du pro-gramme d’aide d’urgence, les montants versés ont été suffisants pour compenser les effets de la crise économique sur le revenu des familles allocataires mais également pour permettre à plusieurs d’entre elles de sortir des situations de pauvreté et d’extrême pauvreté. La réduction du montant de l’allocation d’urgence entre septembre et dé-cembre 2020 (4e ligne du tableau) induit déjà une élévation de l’incidence de la pauvreté et de l’extrême pauvreté. Le 3e scénario considéré simule la situation qui aurait prévalu en 2020 en l’absence d’un dispositif d’aide d’urgence. Le pays aurait alors compté 66,4 millions de pauvres (31,4% de la population totale) dont 22,6 millions condamnés à la misère (plus d’un Brésilien sur 10).


La dernière situation (ligne du bas du tableau) montre que le filet de sécurité mis en place en 2020 n’est plus efficace en 2021. Notons d’abord que la population la plus mo-deste n’a pas reçu d’allocation entre janvier et mars de cette année. A partir d’avril, le gouvernement fédéral a rétabli une allocation mais son montant mensuel moyen a été réduit à 250 réais (le montant effectif varie de 150 réais pour une personne seule à 375 réais pour une famille monoparentale). La population totale de bénéficiaires a été réduite (de 68,2 millions en 2020, elle a été ramenée à 45,6 millions). L’allocation ne peut être touchée que par une seule personne par famille et uniquement par les allocataires qui ont reçu l’indemnité versée en 2020. Cela signifie qu’une personne ou un ménage qui perdent leurs revenus cette année ne sont pas éligibles à la nouvelle allocation. Cette dernière devait être versée jusqu’en juillet 2021 mais va être prolongée . Alors que le Con-grès avait autorisé le gouvernement fédéral à financer un filet de sécurité jusqu’à 295 milliards réais l’an passé, cette année, le gouvernement dispose d’une enveloppe de 44 milliards. Une allocation mensuelle moyenne de 250 réais est trop faible pour permettre aux couches les plus pauvres de la population de compenser les pertes de revenus qu’elles subissent en raison de la crise sanitaire prolongée que traverse le pays.


Dans ces conditions, selon les chercheurs de l’USP, le Brésil devrait compter en fin 2021 61,1 millions de personnes pauvres (28,9% de la population) dont 19,3 millions de personnes survivant dans l’extrême pauvreté (9,1%). Cela signifie qu’à l’issue de la secon-de année de crise sanitaire, le Brésil aura 9,1 millions de pauvres en plus dont 5,4 millions de personnes supplémentaires vivant dans une situation de carence extrême.


La baisse des revenus qui aura affecté plusieurs dizaines de millions de Brésiliens les plus défavorisés est aussi accompagnée par une forte détérioration du pouvoir d’achat de ce secteur de la population. En raison de la dépréciation du réal, de la hausse des cours mondiaux des produits de base et de la conjoncture climatique, les prix intérieurs des aliments, des carburants, de l’énergie électrique et d’autres biens et services de base ont enregistré de fortes hausses sur les derniers mois. Compte tenu des profils de con-sommation et des niveaux de revenus, cette inflation touche davantage les ménages les plus modestes que les familles les plus aisées. Sur les douze mois qui vont de mars 2020 à mars 2021, l’augmentation des prix des biens et services qui sont consommés par les familles les plus pauvres (revenu mensuel inférieur à 1650,5 BRL) aura été en cumul de 7,5%. Au cours de la même période, pour les ménages aux revenus les plus élevés (supérieurs à 16 509,6 BRL/mois), cette hausse n’a été que de 4,46%. La différence entre les deux taux est de 3 points de pourcentage. Cela signifie que l’inflation subie par les plus pauvres est bien plus élevée que celle qu’affrontent les ménages les plus aisés. Les aliments, les dépenses en électricité et en transports publics ont un poids bien plus important dans le budget des premiers que dans celui des seconds. Cette inflation qui érode le pouvoir d’achat des plus modestes est, avec la perte ou la baisse de revenus, la principale cause d’un phénomène que l’on croyait appartenir au passé : le retour de la sous-alimentation et de carences alimentaires graves.



Pages de couverture de deux grands hebdomadaires nationaux au premier semestre 2021.


La classe moyenne se contracte.


La crise sanitaire n’a pas seulement conduit à l’élévation de l’incidence de la pauvreté et de l’extrême pauvreté. Elle a aussi entraîné une dégradation des conditions de vie de plusieurs secteurs appartenant à la classe moyenne traditionnelle. Les familles ont souvent été touchées par des licenciements, par la baisse du chiffre d’affaires d’activités commerciales ou de prestation de services. L’institut Locomotiva de São Paulo est spé-cialisé dans l’analyse des évolutions sociales, de la consommation et des styles de vie. Dans une étude réalisée au début de 2021, il montre que l’effectif de la classe moyenne traditionnelle a diminué récemment. En part relative, ce secteur de la société brésilienne serait passé de 51% à 47% de la population entre 2020 et 2021. Il représentait 54% de la population en 2011, à la fin du cycle de croissance relativement élevée que le pays avait connu depuis 2003. En termes absolus, en mars 2011, la classe moyenne regroupait en 100,1 millions de personnes, contre 105 en début 2020. En d’autres termes, la pandémie a provoqué le déclassement social de 4,9 millions de personnes qui sont passées de la catégorie des revenus intermédiaires à la catégorie des bas revenus. Les individus et familles de ce groupe ne disposaient pas d’une épargne suffisante pour compenser les difficultés économiques et la perte de revenu induits par la pandémie. Ils ne bénéficiaient pas des conditions de vie propres aux classes aisées qui ont plutôt bien traversé les deux premières années de crise sanitaire. Enfin, ils ne réunissaient pas les critères les rendant éligibles à l’aide d’urgence lancée en 2020. Les couches les plus vulnérables de cette classe moyenne sont sans doute celles qui ont le plus souffert en raison de l’épidémie de covid-19.


Le processus d’expansion de la classe moyenne a commencé au Brésil dans les années 2000. Il a été interrompu avec la récession économique qui a débuté en fin 2014. Mais il a fallu attendre la crise sanitaire en cours pour que le poids relatif de ce secteur de la société s’effrite. Ce reflux de la classe moyenne signifie que des millions de Brésiliens qui avaient pu croire pendant quelques années à une perspective d’ascension sociale ont désormais un sentiment de déclin, de perte. Ils ne souffrent pas des conséquences de l’arrêt d’une dynamique d’amélioration de leurs conditions de vie. Ils souffrent d’une véri-table régression. Ils appartiennent à des familles qui ont connu un brutal déclassement en raison de la perte d’emplois ou de faillites. Les exemples abondent. La presse brési-lienne a souvent évoqué ces derniers mois l’histoire de Maria José âgée de 44 ans, mère célibataire de quatre enfants. Au début de 2010, après avoir trouvé un emploi, les deux filles aînées avaient quitté le foyer familial et s’étaient installées en couples. Au même moment, femme de ménage chez des particuliers, Maria José était parvenue à décro-cher un véritable contrat de travail en bonne et due forme. Son salaire mensuel porté à 2500 réais avait alors permis à la mère et à ses deux enfants à charge de commencer à vivre décemment. Au cours de la première vague de l’épidémie (avril-septembre 2020), les employeurs de la femme de ménage lui ont annoncé qu’ils allaient la licencier et qu’ils pourraient la faire travailler sur un temps partiel, comme simple diarista (travail-leuse non déclarée payée à la journée). Le revenu mensuel a chuté, approchant le mon-tant du salaire minimum (1045 réais en 2020). Dans la foulée de la première vague, une des filles et son mari ont perdu leurs emplois. Chaque conjoint a dû être pris en charge par ses parents. Maria José s’est donc retrouvée avec quatre autres personnes sous son toit : la fille mariée, une petite fille en bas-âge et ses deux enfants encore mineurs. Cette famille élargie a commencé à ne plus pouvoir payer toutes les factures. Pour assurer son alimentation, elle dû recourir aux dons. La responsable du foyer a été contrainte d’épuiser son épargne salariale pour régler les notes d’électricité (en forte hausse depuis 2021) et éviter la coupure de courant. Elle n’a pas bénéficié de l’aide d’urgence car à l’époque du lancement du dispositif gouvernemental, cette mère était une employée déclarée. Dé-sormais, tous les mois, la famille accumule de nouvelles dettes qu’elle ne parvient plus à payer en temps et en heure. Elle doit réduire sa consommation de biens et services essentiels. Des familles comme celles de Maria José peuvent dans un avenir proche con-naître l'insécurité alimentaire.


Toutes les familles de la classe moyenne n’ont pas connu une trajectoire de paupérisa-tion aussi marquée. Reste que la plupart des catégories sociales intermédiaires ont dû revoir leur mode de vie. L’institut Locomotiva a réalisé une enquête auprès d’un échan-tillon de ménages qui appartiennent encore à la classe moyenne traditionnelle. Sur 10 familles interrogées, six affirment avoir subi une baisse de revenu. Au sein de ce groupe de ménages dont les ressources ont diminué, 19% des familles vivent depuis 2021 avec des revenus amputés de moitié (ou davantage) par rapport aux rémunérations dégagées avant la pandémie. Selon cette enquête, 58% des individus interrogées affirment qu’ils doivent recourir depuis fin 2020 à des petits boulots ou à des expédients pour maintenir leurs revenus. Plus endettés, 71% des enquêtés avouent qu’ils accumulent les factures impayées. Plus d’un tiers (35%) n’ont pas pu maintenir l’emploi d’une femme de ménages ou celui d’une nounou pour les enfants. Traditionnellement, les ménages de la classe moyenne traditionnelle sont titulaires de plans d’assurance-santé (qui assurent une cou-verture acceptable des risques de maladie) et cherchent à scolariser leurs enfants dans des écoles privées payantes (qui fournissent un enseignement de meilleure qualité). Avec la pandémie, 23% des personnes appartenant à ce secteur de la population ont ré-silié leur plan de santé et 18% ont abandonné les écoles privées pour inscrire leurs en-fants dans des établissements publics.


A l’opposé de ces tendances, le sort des ménages les plus aisés, ceux de la classe dite A, qui représentent 6% de la population (un peu plus de 12,7 millions de Brésiliens) se seraient plutôt amélioré pendant la pandémie. Ces familles affectent une part importante de leurs revenus à des services (voyages, soins à la personne, loisirs, restauration hors foyer, etc..), autant de dépenses qu’elles ont dû réduire cours des quinze mois allant de mars 2020 à juin 2021, en raison des mesures de confinement imposées ou d’une disci-pline choisie face à la menace sanitaire. Les frais de déplacement liés à l’activité profes-sionnelle ont beaucoup diminué. C’est au sein de cette catégorie de la population que le télétravail (le home-office, dit-on au Brésil) est devenu en quelques jours un nouveau mode de vie facilité par la nature des métiers exercés, les conditions de logement, le niveau de formation, les équipements dont disposent les ménages. Les frais de scolarité des enfants, qui représentent un poste budgétaire important pour les familles de classe moyenne supérieure et les ménages très aisés ont aussi diminué parce que de nom-breuses écoles privées ont réduit leurs tarifs afin de ne pas voir leurs élèves disparaître.


Un enjeu politique majeur.


Cette contraction des effectifs de la classe moyenne et la diminution plus ou moins mar-quée des ressources des familles est un des facteurs majeurs qui expliquent une dyna-mique de reprise économique très modeste et lente. La consommation de la classe moyenne dans son ensemble a diminué en 2020. Elle devrait à nouveau baisser en 2021. Tant que les diverses composantes de cette classe moyenne n’apercevront pas la sortie du tunnel (la fin de la crise sanitaire), elles resteront très prudentes. Les commerçants n’investiront pas pour améliorer ou diversifier les services fournis à la clientèle. Les famil-les attendront avant d’inscrire leurs enfants auprès d’universités privées coûteuses ou re-nonceront à ce projet. PME et ménages ne contracteront pas de nouveaux crédits. Cette crise de perspective signifie que le retour à un rythme d’activité normal sera plus lent et s’étendra sur une plus longue période que ce qui pouvait être prévu il y a quelques mois. Le niveau très élevé du chômage, un rythme d’inflation bien supérieur à la cible officielle, les inquiétudes qui persistent à propos de la situation et de la gestion des comptes publics : tous ces éléments viennent renforcer un climat d’incertitude particulièrement défavorable à une reprise plus forte de la croissance.


Pour les familles qui appartiennent encore à la classe moyenne, cette situation signifie que l’offre d’emplois stables et bien rémunérés, la reconquête d’une position sociale plus confortable restent des perspectives très lointaines. les Brésiliens qui ont subi un véri-table déclassement considèrent que le contexte économique actuel rend totalement chimérique à court et moyen terme un scénario de relance de l’ascenseur social.


Selon les estimations du bureau d’études Macrosector (São Paulo), en 2020, l’ensemble des revenus disponibles des ménages (salaires, revenus du capital, transferts sociaux) aurait baissé en termes réels de 6,7% si le gouvernement fédéral n’avait pas mis en œuvre le dispositif d’aide d’urgence. Grâce à ce dispositif, la masse totale de revenus mis à la disposition des familles aura progressé de 0,4%, toujours en termes réels. Cela signifie qu’une contraction plus forte de l’économie a pu être évitée (la chute du PIB a été limitée à -4,1%) grâce à la politique de soutien aux entreprises (chômage partiel) et aux ménages les plus modestes. En 2021, le même bureau d’études prévoit qu’avec le nou-veau dispositif d’aides d’urgences mensuelles réduites et dans un contexte d’inflation élevée, le revenu réel de l’ensemble des ménages devrait baisser de 4,2%.


L’emploi, la lutte contre la paupérisation, l’amélioration des revenus et du pouvoir d’achat : avec le bilan de la crise sanitaire, ces questions sont devenues des enjeux politiques majeurs. Le Brésil n’est pas à l’abri dans les prochains mois d’une forte convulsion sociale, de mouvements de révolte violents. Le bilan social de la pandémie sera de toute façon au cœur des débats de la campagne préparant les élections générales de 2022. Pour le scrutin présidentiel comme pour le choix des exécutifs locaux (gouverneurs) et des par-lementaires (fédéraux et locaux), la majorité des électeurs brésiliens accorderont leurs suffrages aux candidats qui leur sembleront capables de relever ces défis. Les postulants le savent. Le candidat permanent qu’est Jair Bolsonaro le sait aussi. Il cherche désormais à reconquérir sur le terrain social une popularité qui s’est considérablement effritée en raison de sa gestion calamiteuse de l’épidémie du covid.


A suivre : Le populisme budgétaire à la rescousse ?



[1] Voir l’article précédent de la série intitulé "L’impact réduit du boom des matières premières", https://www.istoebresil.org/post/2021-2022-la-reprise-%C3%A9conomique-frein%C3%A9e-2 [2] Le taux de chômage est le ratio entre le nombre de chômeurs en quête d’emploi et la population active (personnes ayant un emploi ou cherchant activement un emploi sur le marché du travail. [3] Le taux de sous-utilisation de la main d’œuvre est le rapport entre la somme des populations au chômage, sous occupées ou dans la force de travail potentielle d’une part et la somme des populations dans la force de travail et la force de travail potentielle. Par force de travail potentielle il faut entendre l’ensemble formé par les actifs qui cherchent un emploi mais ne sont pas immédiatement disponibles et les actifs qui sont découragés de chercher un emploi. [4] La ligne de pauvreté est définie par un revenu de 5,5 dollars par jour. La ligne d’extrême pauvreté est définie par un revenu de 1,9 dollar par jour. Les pauvres disposent d’un revenu quotidien variant de 1,9 à 5,5 dollars. Les individus extrêmement pauvres ont un revenu égal ou inférieur à 1,9 dollar par jour. Ces valeurs monétaires sont traduites en réais en utilisant le taux de parité de pouvoir d’achat de 2011.

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