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Jean-Yves Carfantan, économiste, consultant en économie agricole. Analyse et suit l’évolution de l’économie et de la politique au Brésil depuis 30 ans. Vit entre São Paulo et Paris.  Il anime ce site avec une équipe brésilienne formée de journalistes, d’économistes et de spécialistes de la vie politique nationale.

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Déforestation en Amazonie : les acteurs (4).

Mis à jour : 14 déc 2019

4. L’exploitation du bois.


Les ressources en bois de la forêt amazonienne.


En Amazonie, la forêt équatoriale ou tropicale humide, dense, en général humide toute l’année (localisée sur une région très pluvieuse), sempervirente, forme le plus grand massif de la planète. Cet écosystème se caractérise par une végétation luxuriante, présente une composition floristique très hétérogène, même sur une surface très réduite. Sur ce domaine d’une très grande biodiversité, se côtoient des milliers d’espèces végé-tales.


On peut distinguer en Amazonie trois types principaux de forêts. Celles qui sont situées sur des zones inondables à l’époque des crues des fleuves (de décembre à Juin chaque année) s’étendent sur une largeur qui peut atteindre jusqu’à 80 kilomètres de part et d’autre des rivières. Elles couvrent une surface de 7 millions d’hectares en Ama-zonie et se composent principalement d’essences dites "blanches", fournissant du bois tendre, et à croissance rapide. On trouve aussi sur ce domaine diverses espèces de palmiers. Dans l’histoire de l’Amazonie, ces forêts dites de varzéas (plaines sur les rives des fleuves) ont été les premières à être exploitées, bien avant la construction de routes sur la région. Elles étaient évidemment les plus accessibles. L’exploitation du bois concernait alors des bois légers, transportés par flottage après les crues et quelques bois précieux particuliers comme le Pau Brasil. L’industrie d’extraction du bois sur les varzéas a été longtemps limitée. Sur les zones d’exploitation traditionnelles, à partir des années 1970, se sont installées des activités de production de contreplaqué et des petites scieries mobiles qui utilisent une gamme plus vaste d’essences et ont donc provoqué une pression plus forte sur la ressource en bois.


Forêt de varzéas en Amazonie.



Le second type de forêt est formé par les domaines de terre ferme qui couvrent plus de 200 millions d’hectares et sont les plus vastes de l’Amazonie. Les massifs de terre ferme sont riches en essences dures, difficiles à travailler mais très utilisées en menuiserie et en construction. Les massifs sont en général composés de grands arbres, de peuplement hétérogène, en fonction de facteurs pédologiques, topographiques, climatiques et édaphiques. L’exploitation des domaines de ce second type a commencé en Amazonie brésilienne dans les années 1980, avec l’arrivée de nombreuses entreprises d’exploitation forestière et de scieries en provenance du Sud du pays, où la ressource forestière naturelle était en voie d’épuisement par suite des défrichements massifs (dans le Paraná en particulier).


Forêt de terre ferme en Amazonie.


Le troisième type de forêt est formé par les igapos, terres marécageuses toujours inondées, dont les sols sont hydromorphes (montrant des marques de saturation en eau régulière). Ces igapos possèdent une végétation dense mais qui ne présente pas ou peu d'intérêt commercial. C'est la forêt la plus basse, la plus pauvre et la plus inextricable possible. Elle est très peu utilisée car totalement enclavée.


Forêt d'Igapo en Amazonie.



Sur ces trois types de forêts, on recense environ 2000 essences différentes mais seules 200 ont une valeur commerciale pour le marché local. Sur ce dernier groupe, 40 essences à peine sont recherchées et demandées sur le marché international. La grande hétérogéneité de la forêt amazonienne n’est pas compensée par la présence massive d’arbres très réguliers, à diamètre important. Les massifs sont avant tout constitués de troncs de faible diamètre (50 à 70 cm). Du point de vue des exploitants, la forêt ama-zonienne est considérée comme une forêt pauvre. Les volumes de bois commer-cialisables sont de l’ordre de 45 m3 par hectare au maximum. Pour les entreprises forestières, sur un plan économique, c’est donc l’abondance et l’étendue qui compense cette relative pauvreté. Dans ce contexte, avec la mise en service de routes entre 1970 et la fin du XXe siècle, les forêts de terre ferme ont été de plus en plus touchées par l’exploitation et par la déforestation.


L’exploitation du bois en forêt amazonienne brésilienne.


En principe, les centaines d’entreprises d’exploitation forestière présentes en Amazo-nie légale doivent opérer selon les normes prévues par le code forestier et la législation en vigueur. Cela signifie qu’elles doivent pratiquer une exploitation rationnelle de la ressource et respecter un ensemble de règles qui tiennent compte du temps nécessaire pour assurer la génération de la forêt. Sur la région, la loi prévoit que le volume de bois qu’il est possible d’extraire est défini à partir d’un calcul numérique. En général, l’extrac-tion est limitée à 30 m3, soit de 4 à 6 arbres par hectare. La zone exploitée est ensuite laissée en l’état pendant une période de 35 ans. L’exploitant doit également obéir à des règles de choix des espaces pour éviter l’extinction des essences rares et préserver la faune. La méthode d’exploitation forestière autorisée est donc la coupe sélective, où seuls des arbres préalablement sélectionnés sont coupés.


L’exploitation forestière légale évoquée ici se distingue de la déforestation, qui revient à raser une forêt, souvent pour la remplacer par une monoculture. Elle consiste en l’uti-lisation de la ressource en bois dans la durée.


En Amazonie, cette exploitation légale peut être pratiquée dans deux contextes diffé-rents. L’entreprise forestière peut disposer d’une concession (obtenue après appel d’of-fres) lui permettant d’exploiter des forêts appartenant au domaine public. Elle peut encore exploiter un domaine privé dont elle est propriétaire ou dont est propriétaire son client. Dans tous les cas, l’exploitant doit soumettre aux pouvoirs publics un plan d’amé-nagement forestier et avoir obtenu l’autorisation d’exécuter ce plan. Sur les propriétés privées, le bois peut être extrait de la réserve légale, c’est-à-dire la forêt préservée à l’intérieur des exploitations agricoles et qui doit représenter 80% de la surface totale. Le plan d’aménagement est soumis à l’administration de l’Etat local en charge de la préser-vation de l’environnement. Il doit indiquer la parcelle sur laquelle auront lieu des coupes, le type de forêt concerné, les espères de flore et de faune qui s’y développent. Une fois ce plan approuvé, l’exploitant est autorisé à pratiquer la coupe et à commercialiser le bois extrait.


En pratique, le recours à des plans d’aménagement forestier est demeuré lettre morte jusqu’au début du XXIe siècle. Pour soumettre de tels plans, les exploitants agricoles devaient démontrer qu’ils étaient propriétaires ou occupants légalisés de leurs terres. En pratique, le statut indéfini du foncier (occupation de terres devolutas, attentes de régu-larisation, utilisation de titres de valeur douteuse et souvent forgés de toutes pièces) rendait cette démarche très difficile. En outre, jusqu’au début des années 2000, il n’exis-tait pas en Amazonie brésilienne d’expérience concrète de gestion durable de la forêt qui puisse faire référence. Dans ces conditions, pour les exploitants forestiers et leurs clients, l’exigence imposée par l’administration d’un plan d’aménagement semblait arbitraire et incompréhensible. Jusqu’au début du siècle actuel, les entreprises forestières ont donc conduit une exploitation "minière" des ressources de la forêt. Les pouvoirs publics recon-naissaient d’ailleurs qu’en 2000 plus de 80% du bois produit en Amazonie était d’origine illégale.


Les conditions d’exploitation forestière vont évoluer à la fin des années 1990. Sous la pression de l’opinion internationale, les choses changent quand sur les douze mois de 1995 est enregistré la destruction de 29059 km2 de forêt amazonienne – un record jusqu’à aujourd’hui. Le président Fernando Henrique Cardoso promulgue une mesure provisoire qui modifie le code forestier de 1965. Cette mesure sera renouvelée 67 fois puis intégrée à la loi de 2012 qui réforme ce code forestier. Elle porte de 50 % à 80 % la surface des propriétés en Amazonie qui doit être conservée en végétation naturelle (la réserve légale). Les autorisations de coupe sur les propriétés diminuent donc avec la mise en œuvre de cette nouvelle disposition.


A partir de 1997, les premiers plans de gestion certifiés par le Forest Stewarship Council (FSC)[1] sont mis en place par quatre entreprises du secteur sur des surfaces relative-ment importantes (de l’ordre de 100 000 hectares pour chacune). Des forêts commu-nautaires de référence sont créées avec le soutien d’ONGs. A compter de 2001, plusieurs facteurs vont contribuer à améliorer les conditions d’exploitation des forêts privées. Cette année-là, l’IBAMA définit dans un décret les paramètres des plans de gestion durable des massifs forestiers. A partir d’efforts conduits par l’Embrapa et des ONGs spécialisées comme Imazon et la Fondation Floresta Tropical, des méthodes de gestion durable ada-ptées à la forêt amazonienne ont été mises en place sur des unités de démonstration.


Enfin, déjà engagée sous le gouvernement FHC, la reprise en main de la gestion de l’IBAMA est renforcée par la Ministre de l’environnement Marina Silva (gouvernement Lula) et de hauts responsables de l’institution dans le Mato Grosso sont accusés de cor-ruption et arrêtés. A cette époque, l’opinion publique nationale commence à exiger un meilleur contrôle de l’Etat sur l’Amazonie et la mise en œuvre d’une politique de conser-vation de la forêt plus efficace. Le durcissement de la politique de gestion de la ressource forestière se heurte cependant à de fortes résistances des élus locaux et des gouvernements de la région amazonienne.


En 2005, les exploitants de bois de la région vont contester violemment la politique fé-dérale. L’Etat central va répondre en élaborant une nouvelle loi qui va faciliter l’obtention de bois légal pour l’industrie forestière. Un texte créant un système de concession d’exploitation des forêts publiques est approuvé par le Congrès en février 2006 et sanctionné par le Président Lula en mars suivant. Cette loi est porteuse d’un changement majeur dans la gestion des forêts au Brésil et dans la gouvernance du secteur forestier. Auparavant, la seule modalité de concession forestière existante concernait les aires protégées destinées à l’exploitation forestière. La loi de 2006 règlemente l’attribution de concessions d’exploitation à titre onéreux sur l’ensemble du domaine public constitué par les terres "dévolutas". Les premières autorisations d’extraction de bois sur ce domaine ont été délivrées en 2008. Six forêts nationales des Etats du Rondônia et du Pará ont fait l’objet de concessions représentant au total 1 million d’hectares. Le programme de concessions forestières pourrait porter sur 7 millions d’hectares à l’horizon 2022.


L’avancée des fronts d’exploitation forestière.


A partir des années 1980, l’exploitation forestière va se développer en Amazonie (no-tamment sur les forêts de terre ferme). Se mettent en place des fronts d’exploitation fo-restière sur plusieurs zones du biome, fronts qui s’organisent en général en trois phases. Au cours d’une première étape, les exploitants cherchent à extraire les espèces de très haute valeur commerciale comme l’acajou ou le cèdre. Sur une seconde phase, l’exploi-tation se concentre sur des espèces nobles locales (comme l’ipé ou le massaranduba). Enfin, une troisième période est consacrée à l’extraction de toutes les espèces utilisables pour la construction, la fabrication de contreplaqué et d’aggloméré.


Au fur et à mesure que les entreprises forestières ont épuisées les ressources facile-ment disponibles et accessibles sur une zone donnée, elles doivent ouvrir d’autres fronts sur d’autres régions. Par rapport à la situation qui prévalait à l’origine, les coûts de trans-port augmentent. Il faut alors envisager de créer de nouvelles implantations de stockage et de traitement du bois. Les charges de transport constituent un élément décisif de la viabilité économique de l’entreprise forestière. Le bois, même lorsqu’il a une haute valeur commerciale, est en effet un produit pondéreux. Aujourd’hui encore, en Amazonie, le transport du bois depuis les lieux de coupe jusqu’aux scieries et au-delà des scieries est souvent réalisé par camions sur des pistes en mauvais état. Le transport fluvial, trois à quatre fois moins coûteux, est encore limité et n’intervient que sur l’aval de la filière. Cet enjeu du transport est la raison pour laquelle, historiquement, les bords de fleuve et les abords des routes goudronnées et entretenues ont été beaucoup plus intensivement exploités que les zones les plus reculées. A partir de quelques centres historiques de démarrage de l’exploitation du bois, on observe l’apparition d’auréoles concentriques avec des fronts d’exploitation lourde prolongés par des fronts d’exploitation moyenne. Au fur et à mesure de la construction de voies d’accès, de travaux améliorant la navigabilité des fleuves, d’installation de ports, l’exploitation forestière a remonté les affluents de l’Amazone, pénétré des réserves indiennes ou des parcs naturels protégés (de façon illégale).


Localisation des pôles d'exploitation forestière au début de la décennie.



Les trois phases d’exploitation de la ressource en bois évoquées ici favorisent égale-ment l’avancée des fronts de colonisation agricole. Sur la première étape, ce sont en général de grandes entreprises forestières qui ouvrent des pistes relativement longues sur les forêts de terre ferme (plusieurs centaines de kilomètres). Elles financent cet inves-tissement grâce à l’extraction et à la commercialisation de quelques espèces de haute valeur commerciale. Une fois que ces investisseurs ont eu accès aux arbres les plus pré-cieux et réalisé l’extraction, ils cessent leur activité. Les pistes construites vont servir à l’entrée d’autres occupants de la forêt : des colons qui envisagent des activités agricoles ou des spéculateurs fonciers (grileiros). Dès l’installation, ces colons ou fraudeurs défo-restent et défrichent. Ils vendent le bois extrait (en général des espèces moins nobles) à des entreprises d’exploitation forestière locales qui disposent de scieries à proximité du front pionner agricole. Lorsque les infrastructures routières ont été développées et amé-liorées, les exploitants forestiers et les acteurs de la transformation du bois établissent des partenariats avec des commerçants nationaux ou des négociants internationaux. L’exploitation de la ressource en bois porte alors sur l’ensemble des espèces commer-cialisables. L’impact sur la forêt devient alors très important.


En résumé, les exploitants forestiers ouvrent et maintiennent des pistes. Les colons agricoles et occupants de tous types facilitent ensuite l’accès à la ressource en défo-restant et en défrichant. Ces exploitants peuvent aussi négocier des contrats de presta-tion de service avec des agriculteurs qui vont financer le déboisement, le défrichage et l’ouverture de pâturages et de voies d’accès par la vente du bois commercialisable. Quel que soit le scénario, l’exploitation forestière est une composante essentielle de l’accélé-ration de l’occupation incontrôlée de nouvelles terres. Elle contribue à accélérer la défo-restation.


Une extraction largement illégale.


L’extraction et la commercialisation de bois à partir de l’exploitation illégale de la forêt s’appuie en Amazonie brésilienne sur toutes les brèches existantes dans les systèmes de contrôle. La pratique la plus courante consiste à surestimer le volume de bois qui existe sur une parcelle déterminée afin de d’utiliser les droits de coupe obtenus sur d’autres parcelles et de manière parfaitement illégale. Cette méthode est notamment utilisée pour augmenter l’extraction d’espèces de haute valeur commerciale comme l’Ipé, un bois très cher et très demandé sur le marché. Elle permet d’inclure dans les cargaisons légales de bois des troncs d’Ipé extraits illégalement depuis les terres indigènes, les aires naturelles protégées (parcs naturels) ou même les surfaces de réserve légale que les propriétaires privées maintiennent sur leurs exploitations.


Opération de police sur un site d'exploitation illégale en Amazonie.


Considérons les fraudes de ce type qui sont réalisées à partir de l’exploitation forestière réalisée sur les réserves légales de propriétés privées.


L’exploitation de la ressource en bois est autorisée à condition de respecter des critères précis. Les propriétaires fonciers peuvent alors employer leurs propres buche-rons ou solliciter les services d’une entreprise forestière. Ils doivent dans tous les cas recourir à un ingénieur agronome qui va se charger d’établir le plan de récolte et suivra ensuite les opérations menées par les bucherons ou la compagnie forestière mobilisée. Cet agronome doit procéder au contage de tous les arbres de chaque espèce existante sur la parcelle où est envisagée une coupe. Il utilise pour ce faire un système d’iden-tification des troncs par pause de plaques métalliques (supports d'identification fournis par l'administration en charge de la préservation de l'environnement). Pour chaque espè-ce commercialisable, la réglementation définit un volume maximum qui peut être abattu sur une parcelle donnée. Les arbres concernés doivent avoir un tronc d’un diamètre supérieur à 60 cm. Cela signifie que la coupe doit porter sur les arbres les plus impo-rtants et les plus anciens. Des restrictions supplémentaires limitent encore les possi-bilités d’abattage. Ainsi, dans le cas des ipês, le propriétaire doit maintenir trois arbres par hectare pour garantir le repeuplement de la zone. A partir de ce travail de contage des arbres, l’agronome peut estimer la quantité en mètres cubes de bois de chaque espèce qui pourra être extraite sur chaque parcelle. Ces quantités doivent être indiquées dans le plan de récolte qui est soumis à l’approbation des autorités en charge de la préservation de l’environnement à l’échelle de l’Etat fédéré où se situe la propriété.


Gestion du patrimoine forestier.


Une fois que l’administration compétente a approuvé le plan de récolte, celle-ci déli-vre une licence appelée encore autorisation d’exploitation forestière. Ce n’est qu’après la réception de cette autorisation que le propriétaire peut procéder (ou faire procéder) à la coupe des arbres indiqués dans le plan et dans les limites des volumes de bois prévus. L’agronome doit suivre toutes les phases de la coupe et appliquer une plaque d’iden-tification (dont l’apparence varie d’une espèce à l’autre) sur chaque grume retirée. Une plaque doit également être apposée sur chaque souche et indiquer à quelle grume en-levée cette souche se rapporte. Seules les grumes porteuses de cette plaque peuvent circuler par la route depuis les sites d’extraction et jusqu’aux localités où elles seront utilisées ou stockées. Lorsque les services de répression identifient un camion trans-portant des grumes qui ne sont pas identifiées par une plaque, le véhicule est stoppé et appréhendé.


L’extraction illégale utilise plusieurs stratagèmes. Une première méthode consiste à obtenir des agronomes qu’ils confirment que les dix grumes de bois de haute valeur inscrits dans le plan de récolte ont bien été extraites de la parcelle concernée alors que sur celle-ci les dix ou quinze arbres en question n’existent pas. Les bucherons ou l’ex-ploitant forestier sollicité abattent effectivement 10 arbres mais la moitié des grumes identifiées et chargées sur les camions sont effectivement des bois de haute valeur com-merciale. Les cinq autres arbres abattus appartiennent à des espèces de moindre valeur commerciale, voire sans valeur aucune. Les troncs sont abandonnés dans la forêt et pourrissent sur place. L’agronome appose une plaque sur chaque souche indiquant que ce sont bien des espèces de haute valeur commerciale qui ont été abattues. L’autre pla-que, celle qui doit être fixée sur les troncs d’arbres sans valeur, sera utilisée pour iden-tifier des espèces de haute valeur abattues de manière illégale hors de la zone officielle d’intervention de l’exploitant forestier. Celui-ci pourra utiliser ces plaques pour "légaliser" des grumes d’ipés, d’acajou ou d’autres espèces recherchées et extraites des forêts si-tuées en bordure des rivières (où l’extraction est interdite), localisées sur des réserves in-diennes ou sur des parcs naturels protégés. Les grumes peuvent alors être transportées normalement par les routes.


Transport de grumes en Amazonie.


Un autre stratagème utilisé consiste à porter sur le plan de récolte des tailles d’arbres à abattre plus importantes que les tailles réelles et à indiquer sur le plan un volume de bois à extraire plus élevé que le volume effectivement extrait. Les volumes manquant sont alors utilisés pour légaliser une ressource extraite illégalement. Quel que soit le stratagème utilisé, l’exploitation illégale même limitée à quelques arbres nobles entraîne une dégradation du massif concerné. L’abattage d’un ipé de 30 mètres de hauteur per-turbe ou anéantit la vie de toutes sortes de plantes qui entouraient cet arbre. Un massif où la canopée est plus ouverte sera plus exposé à la sécheresse. Les branches et les feuilles laissées sur place constituent des combustibles idéals pour les feux. L’exploi-tation illégale et irrationnelle de la forêt tropicale peut être comparée à une maladie du système immunologique qui favorise l’entrée de toutes sortes de bactéries…


Le pourcentage varie d’une année à l’autre mais sur la période récente, les ONGs brésiliennes intervenant sur la région estimaient qu’au moins 50% du bois extrait et com-mercialisé en Amazonie soit le produit d’exploitations illégales. Cela ne signifie pas que l’autre moitié de la production soit totalement exempte d’irrégularité.



[1] Le Forest Stewardship Council (FSC) est une organisation non gouvernementale créée pour promouvoir la gestion responsable et durable des forêts dans le monde. Fondée en 1993, l’organisation réunit des experts de tous les continents qui cherchent à définir des normes d’exploitation durable (sur les plans environnemental, social et économique) des forêts ainsi qu’à identifier les outils et les ressources qui permettent d’atteindre l’objectif d’une exploitation durable. Le FSC assure la certification d’activités d’exploitation forestière, garantir ainsi aux utilisateurs que les conditions d’extraction du bois sont conformes aux normes d’exploitation durable. L’organisation a son siège à Bonn en Allemagne. Elle est représentée dans 70 pays.