La puissance agricole du Brésil est menacée.


De septembre 2020 et le même mois de 2021, le Centre-Sud [1] a connu une conjoncture climatique hors norme [2] : précipitations rares et faibles, sécheresse sévère et périodes de froid très intense en juillet et août. Les cycles hydrologiques étaient déjà perturbés depuis 2013 mais les douze derniers mois auront été la pire période de sécheresse enre-gistrée depuis... 91 ans. Cette situation entraîne des difficultés dans tous les secteurs d’ac-tivité. Plusieurs régions sont en effet exposées au risque d’une rupture de l’approvision-nement en électricité car l’alimentation du réseau national dépend à 70% de centrales hydro-électriques. La crise climatique de 2020-21 a évidemment touché l’agriculture. Elle pourrait se répéter et s’amplifier dans l’avenir.


Aux origines d’une météorologie hors norme.


Cette crise a été provoquée par l’action combinée de trois facteurs. Le premier est un phénomène naturel dénommé La Niña dont les principales conséquences sont une baisse de la température des eaux de surface de l’océan Pacifique sur les tropiques et une altération du volume des pluies [3]. Au Brésil, les impacts de La Niña varient selon les régions. Ils ne sont pas forcément identiques à chaque apparition du phénomène ou d’une année à l’autre si celui-ci se prolonge. Les effets les plus fréquemment observés sont une amplification et une multiplication des fronts froids qui balayent le sud du pays en hiver, la montée de ces fronts froids vers le nord (le Centre-Ouest et le Nord-Est peuvent être touchés), des températures hivernales inférieures aux normales de saison dans le Sud-Est et le Centre-Ouest, une baisse de la pluviométrie dans le Centre-Sud du pays et des épisodes de sécheresse en période estivale, une augmentation des pluies dans le Nord et le Nord-Est.


Un second facteur important intervient dans la dégradation de la pluviométrie et la récurrence de phases de sécheresse sur le Centre-Sud du Brésil : la déforestation en Amazonie. La déforestation réduit la capacité des grandes forêts tropicales à capter le CO2 présent dans l’atmosphère et à rejeter du dioxygène dans l’air. Elle a aussi d’autres conséquences. La forêt garantit les pluies d’une large partie du continent sud-américain. Sur les Etats du Centre-Ouest et du Sud-Est, les précipitations dépendent de processus qui commencent sur le biome amazonien.


La formation et la circulation des "rivières volantes".




La forêt amazonienne est située dans une zone tropicale, c’est-à-dire sur des latitudes où il n’y a ni hiver ni été mais une saison sèche et une saison humide. Cette dernière commence en décembre, quand les températures augmentent, sur l’océan comme sur les terres. Des nuages chargés d’eau se déplacent de l’océan vers les côtes, poussés par les alizés. Ils se vident au-dessus de l’Amazonie et chargent en eau ses sous-sols. Sur terre se forme et se renouvelle un véritable océan d’eau douce. Les arbres de la forêt dense ont des racines profondes qui peuvent capter cette eau (il existe en forêt ama-zonienne des arbres dont les systèmes racinaires descendent sur des dizaines de mètres en sous-sol). Les arbres prennent cette eau et, quand l’atmosphère s’assèche, ils trans-pirent et renvoient cette eau souterraine dans l’air sous forme de vapeur. Cette évapo-transpiration de la forêt ne fournit pas de petites quantités d’eau. Au total, chaque jour, l’ensemble des arbres de la forêt amazonienne renverraient dans l’atmosphère 20 mil-liards de tonnes d’eau (dans le même temps le fleuve Amazone et ses affluents redon-nent à l’océan Atlantique "seulement" 17 milliards de tonnes d’eau douce). Les arbres émettent aussi des aérosols, des microparticules en suspension dans l’air qui favorisent la formation des nuages. Ces aérosols montent dans l’atmosphère et s’agrègent au-des-sus de la forêt jusqu’à former des grains microscopiques qui auraient une grande capa-cité à attirer les vapeurs d’eau présentes dans l’air. Des noyaux de condensation forment une goutte puis une autre et, petit à petit, un nuage. Avec l’évapotranspiration et l’émis-sion des microparticules, la forêt amazonienne contribue à la formation de véritables "rivières volantes".


Les nuages ainsi formés au-dessus de la forêt sont poussés vers l’ouest par les vents mais rencontrent la Cordillère des Andes, la plus longue chaîne de montagnes continen-tale du monde (et une des plus hautes). Une partie de l’humidité ainsi transportée se déverse alors en bordure de la chaîne et alimente les sources des affluents du fleuve Amazone. L’autre partie (50% environ) est transportée vers le Sud, parallèlement à la Cordillère, grâce aux vents. Ces "rivières volantes" jouent un rôle décisif dans l’alimenta-tion des systèmes de pluies sur le Centre-Ouest et le Sud-Est du Brésil, ainsi que sur l’ensemble du bassin formé par le fleuve Paraná et le Rio de la Plata [4]. La bonne pluviométrie dont bénéficient des zones du Centre-Ouest comme le Mato Grosso ou le Goiás est liée à la formation de ces "rivières volantes". Au Sud-Est, les Etats de São Paulo, Minas Gerais ou Rio de Janeiro sont situés à la même latitude que la Namibie, les déserts australiens ou le nord du Chili. Ils forment la seule région riche en eau à cette latitude parce qu’ils sont atteints par les "rivières volantes". Au Sud du Brésil et sur l’ensemble du bassin Paraná-Rio de la Plata, les "rivières volantes" alimentent un système de pluies très important pour les pluies d’hiver. Sur la saison hivernale, la période de sécheresse y est relativement courte. Les contrastes entre les débits maximaux et minimaux des rivières est relativement faible.


Le taux annuel de déforestation de la forêt amazonienne brésilienne calculé par l’Institut National de Recherches Spatiales (INPE) qui assure une surveillance de la zone par satellite avait été sensiblement réduit entre 2008 et 2012, passant de 27 800 km2 à 4600 km2. La tendance est à la hausse depuis 2013. En 2020, ce taux a atteint 11 000 km2. Avec la déforestation, il y a de moins en moins d’arbres renvoyant de l’eau dans l’air sous forme de vapeur. Il y a donc de moins en moins d’humidité que les vents peuvent transporter, et de moins en moins de pluies dans le Centre-Ouest, le Sud-Est et le Sud. Dans un grand nombre de cas, les surfaces déboisées laissent la place à des pâturages ou à des cultu-res annuelles comme le soja. Ces cultures ne peuvent pas développer des systèmes racinaires profonds et assurer le même rôle que la forêt. Des études conduites par des universités brésiliennes ont déjà montré que sur les zones situées directement au sud de la forêt amazonienne, les activités agricoles installées sont déjà pénalisées par la raré-faction des précipitations.


Un troisième facteur de dégradation des conditions climatiques est retenu par la com-munauté scientifique : le réchauffement climatique. L’élévation des températures et l’alté-ration du cycle hydrologique à l’échelle globale impacte fortement le Brésil. Ces deux phénomènes contribuent à la diminution des pluies, principalement dans le Nord-Est et le Centre du pays. Tous les modèles climatiques utilisés aujourd’hui montrent que l’éléva-tion des températures au niveau du globe réduit les précipitations sur le Brésil central.


Impact sur l’agriculture à court terme….


Raréfaction des pluies dans le Centre-Sud depuis la fin 2020, saison hivernale exception-nellement froide sur les Etats du Sud-Est et une partie du Centre-Ouest : ces phé-nomènes climatiques extrêmes ont évidemment affecté la production agricole, en-traînant souvent baisse des rendements et détérioration de la qualité des récoltes. Sur plusieurs bassins de production importants, la sécheresse a aussi conduit à des phé-nomènes d’étiage sur des cours d’eaux utilisés pour l’acheminement par voie fluviale des intrants et des récoltes. C’est le cas en particulier, pour le fleuve Paraná. L’utilisation de barges est devenue impraticable. Il a donc fallu revenir au transport routier, beaucoup plus onéreux.


Chute des récoltes pour plusieurs productions agricoles.

Source : Conab, Ministère de l'agriculture.



La comparaison des résultats de production atteints sur deux campagnes atteste d’une forte chute des récoltes de café, de coton, de maïs, de canne-à-sucre et d’oranges, autant de cultures pour lesquelles le Centre-Sud est un pôle fournisseur dominant. Sur les zones caféières du Sud-Est, la succession de la sécheresse et de vagues exception-nelles de froid a empêché la floraison, réduit ou détruit la production (tableau ci-dessus). Sur une campagne, le Brésil parvient à réaliser trois récoltes de maïs. La plus importante est celle de maïs d’hiver, planté sur les premiers mois de l’année civile et récolté entre juillet et août. En 2021, sur plusieurs régions, les agriculteurs ont dû retarder les semis de maïs d’hiver en raison de l’insuffisance des pluies. Les gelées survenues en juillet ont en outre souvent détruit les épis à un stage crucial de croissance.


Le Brésil est aujourd’hui le second pays exportateur de maïs. La contraction de la pro-duction nationale dans un contexte de reprise de la demande mondiale a contribué évidement à la forte hausse des cours internationaux observée jusqu’en mai 2021. Elle a aussi entraîné une élévation marquée des prix sur le marché domestique. Cette dynami-que a été d’autant plus forte qu’avec la sécheresse, les éleveurs extensifs de bovins ont dû compléter la baisse des apports en ressources fourragères des pâturages par des aliments à base de maïs. La flambée du prix de la céréale entraîne aussi une hausse des coûts de production et des prix de commercialisation sur les filières des volailles et du porc. Elle affaiblit le pouvoir d’achat alimentaires des catégories les plus modestes de la population, déjà détérioré en raison de la diminution des récoltes d’autres aliments de base comme le haricot noir, les légumes et les fruits [5].


Que peut-on envisager sur les prochains mois ? L’inquiétude des experts en climat porte sur une possible prolongation de la Niña qui affecterait les semis de soja et le cycle de développement de cette culture. Cette prolongation pénaliserait encore la récolte d’été de maïs, la production à venir de café ou de canne-à-sucre. L’insuffisance ou l’irrégularité des pluies pourrait aussi limiter les récoltes futures de riz et de blé.


Au-delà de la question posée par une éventuelle prolongation de la Niña, les climato-logues soulignent que l’épisode de sécheresse historique que vient de traverser une grande partie du pays n’est pas un accident isolé dans le temps. Il correspond à une tendance observée depuis plusieurs années. C’est un signe avant-coureur de ce que sera le climat au Brésil dans quelques décennies. Selon ces experts, dans le meilleur des scénarios, la diminution des précipitations sera de 10%. Même si le monde parvient à limiter la hausse des températures à 1,5°C [6] (ce qui permettrait de réduire largement les risques et les conséquences du changement climatique), le Brésil connaîtra des saisons des pluies plus courtes et des saisons sèches plus longues sur la majeure partie de son territoire. Il enregistrera aussi des températures moyennes plus élevées et la répétition de phénomènes climatiques extrêmes (hivers plus rigoureux). Ce scénario aura un im-pact profond sur les modes de vie, sur le système d’approvisionnement en énergie électrique et…. sur la production agricole.


Inquiétudes de long terme.


Ce défi majeur est totalement ignoré par un secteur significatif du monde agricole qui cherche depuis des décennies (et pas seulement sous l’Administration Bolsonaro) à frei-ner les efforts pourtant modestes du gouvernement en matière de préservation de l’environnement et de protection de la biodiversité. Cette élite agraire rétrograde exerce un lobbying puissant au Congrès en soutenant un groupe influent de parlementaires à son service : la bancada ruralista. Face à ces forces, de nouvelles organisations menées par des leaders plus jeunes et mieux formés affirment que l’avenir de l’agronégoce dépend de la préservation de l’environnement. S’appuyant sur la science, ces leaders soulignent que la destruction des biomes (forêt amazonienne, savane du cerrado, zones humides) et le changement climatique global vont affaiblir l’ensemble de l’agro-négoce.


Le Brésil court le risque de perdre son statut de puissance agricole, de fournisseur ma-jeur de denrées alimentaires si le monde ne parvient pas à contenir le réchauffement climatique global et si la déforestation n’est pas rapidement stoppée. Une nouvelle gé-nération d’agriculteurs est convaincue par les études récentes de scientifiques. Ces travaux ont montré qu’au Nord, les précipitations ont diminué sur les régions de forte dé-forestation. Les saisons sèches y sont devenues plus longues. Sur les zones proches du biome amazonien, les périodes de l’année sans pluie ont vu leur durée augmenter de trois à quatre semaines, le volume total des précipitations a baissé et la température moyenne s’est élevée de 3°. Là où le couvert forestier a été détruit, la capacité à recycler l’eau diminue ou disparaît, les sécheresses s’intensifient. Il y a moins de végétation et de racines pour absorber les eaux de pluies. La transpiration et le rejet d’humidité dans l’at-mosphère sont bien plus faibles. Plus la forêt va reculer, plus le climat sera sec à moyen et long terme.


Les régions du Brésil les plus affectées par des épisodes de sécheresse prolongés seront le Nord, le Centre-Ouest et le Nord-Est. Dans le Nord, en Amazonie, si la déforestation se poursuit, on dépassera dans quelques décennies le point de non-retour de la sava-nisation, lorsque 50% à 70% de la forêt deviendra une savane tropicale dégradée du fait du réchauffement climatique, des impacts de la déforestation et de l’augmentation de la vulnérabilité de la forêt aux incendies. Aujourd’hui, la déforestation s’établit entre 16% et 17% de la forêt. Si elle dépasse 20 à 25% de la superficie, la savanisation deviendra irré-versible. Des espèces animales et végétales uniques seront définitivement perdues avec cette évolution. La saison sèche s’allongera et les phases de grande sécheresse revien-dront plus fréquemment [7].


En Amazonie, la forêt recule afin d'ouvrir des terres utilisées destinées à l’élevage extensif de bovins et aux grandes cultures. Sur d’autres régions du nord, depuis quelques décen-nies, l’agriculture moderne mécanisée a été développée sur des terres auparavant occupées par la savane arborée du Cerrado. D’importants espaces sont aujourd’hui dé-diés aux grandes cultures (soja, maïs, coton). De grandes structures d’exploitation ont ainsi été installées à l’ouest de Bahia, sur le Tocantins, au Sud des Etats du Piauí et du Maranhão. Ces nouveaux pôles sont désignés sous l’acronyme de MaToPiBa. Sur les der-nières années, on a observé sur les terres dédiées aux cultures de soja, de maïs ou de coton une irrégularité marquée des rendements en raison de l’augmentation de la tem-pérature des vents qui viennent d’Amazonie et de la chute des précipitations.


Sur le Nord-Est, si le réchauffement climatique global n’est pas limité, plus de la moitié du territoire qui est aujourd’hui semi-aride deviendra semi-désertique. Cette prévision est confirmée par le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) publié en août dernier. Selon ces experts, le Nord-Est du Brésil est la région la plus peuplée du monde déjà touchée depuis des lustres par des épisodes récurrents de sécheresse. L’aggravation anticipée de ce phénomène va directement af-fecter la vie d’au moins 10 millions de personnes qui vivent de l’agriculture et de l’élevage. Sur les zones semi-désertifiées de telles activités ne seront plus possibles. Selon les scientifiques, seules les terres localisées en bordure du fleuve São Francisco resteront propices à l’agriculture.


Le Centre-Ouest est devenu en quelques décennies un des principaux pôles fournis-seurs de grains (soja, maïs, coton) et de viandes de la planète. Les épisodes de séche-resse peuvent devenir plus fréquents et plus longs. Cette région pourrait connaître une élévation de la température moyenne de 5,5°C et une baisse des précipitations de près de 30% d’ici à la fin du siècle. Un tel scénario signifie que les localités du Centre-Ouest qui se consacrent à la production de soja et à l’élevage bovin extensif seront confrontées à un horizon de 10, 20 ou au maximum 30 ans à la nécessité de procéder à des investis-sements coûteux en irrigation, en traitement des cultures, en choix variétaux qui affec-teront fortement la compétitivité des productions locales. A terme, les efforts conduits par la recherche pour mettre au point des variétés de soja, de maïs ou de coton plus résistantes au stress hydrique et mieux adaptées à des périodes de sécheresse pro-longées et à des températures élevées ne suffiront plus pour faire face à des conditions climatiques devenues très défavorables.


Etiage due à la sécheresse prolongée. Affluent du fleuve Paraná, mai 2021.


Si le Centre et le Nord du Brésil doivent anticiper des précipitations de plus en plus fai-bles, le scénario sera différent sur le Sud et une partie de la région Sud-Est. Selon les ex-perts, en moyenne, ces zones devraient connaître une augmentation des précipitations au cours des prochaines décennies. Cela ne signifie pas pour autant que ces deux pôles puissent connaître un essor de la production agricole qui compenserait les pertes enre-gistrées ailleurs. Ils seront en effet exposés aux effets dévastateurs d’évènements cli-matiques extrêmes comme les pluies torrentielles, les périodes de sécheresse prolon-gées ou les phases de canicules. Dans le Nord et le Centre-Ouest du pays, le risque est celui d’une réduction de la productivité, d’une baisse des rendements. Des périodes pro-longées de sécheresse peuvent perturber le développement des cultures, empêcher le remplissage des grains et détériorer la qualité des pâturages. Dans le Sud-Est et le Sud, les agriculteurs seront confrontés à des difficultés extrêmes de programmation de leurs productions. Celles-ci sont normalement organisées en fonction du rythme des saisons et des changements prévisibles des conditions météorologiques. La répétition d'évè-nements climatiques extrêmes rendra dans l'avenir tout exercice de planification aléa-toire.


Le temps qui reste.


C’est sans doute le plus grand défi que le Brésil ait à affronter depuis qu’il existe comme Etat indépendant : stopper le processus de déforestation, éradiquer les formes d’agri-cul-ture qui détruisent la biodiversité et contribuent au changement climatique. Plus ces urgences sont retardées, plus les menaces évoquées ici deviendront des obstacles ré-dhibitoires pour l’activité agricole. Depuis quelques années, plusieurs organisations professionnelles se sont alliées à des ONGs de préservation de l’environnement pour promouvoir un développement agricole qui contribue à la lutte contre le réchauffement climatique [8]. Cette convergence a bien évidemment accentué le conflit existant avec le lobby de l’agriculture traditionnelle. Deux éléments nouveaux confèrent désormais aux défenseurs d’un agronégoce responsable une capacité d’influence politique qu’ils n’avaient pas jusqu’aux dernières années. Il y a d’abord la crise climatique récente qui affecte les productions agricoles de nombreuses régions et touche aussi les populations urbaines (menacées par un risque de rationnement de l’énergie électrique). L’ensemble des Brésiliens prennent soudain conscience de l’importance de l’enjeu climatique. Il y a ensuite la perspective de l’élection en 2022 d’un nouveau Président qui devra marquer une rupture nette par rapport à la politique d’ignorance des urgences environnementales pratiquée par l’Administration Bolsonaro. Le véritable "agro-suicide" que les forces rurales archaïques promeuvent avec l’appui du Président actuel n’est pas une issue inéluctable. A condition de ne plus perdre de temps...



[1] Le terme de Centre-Sud fait ici référence à l’ensemble territorial formé par les Etats du Sud, les Etats du Sud-Est et les Etats du Centre-Ouest. [2] Sur la plupart des régions, en temps normal, les pluies sont particulièrement fortes et intenses au cours de la période dite humide qui s’étend du printemps aux mois d’été (en-tre octobre et avril sur le Centre-Sud). Dans le Sud, les pluies sont plus uniformes tout au long de l’année. L’hiver y est souvent marqué par des baisses sensibles des températures (avec des gelées) en raison de la remontée de fronts polaires venant de l’antarctique. Les vagues de froid débordent rarement la région et sont d’ampleur limitée... Sur le littoral d’Etats du Nord-Est (de Bahia à la Paraíba), les pluies se concentrent en automne et en hiver. [3] Le phénomène La Niña est l’opposé du phénomène dit El Niño qui provoque une hausse des températures des eaux de surface de l’océan Pacifique sur les tropiques. En général, La Niña perturbe la météorologie sur une année entière. Lorsque le phénomène est puissant, les perturbations peuvent durer deux ans. [4] Le bassin de la Plata est le cinquième plus grand bassin fluvial du monde. Il couvre une superficie de 3,1 millions de km2 et s’étend sur les territoires de l’Argentine, du Brésil, du Paraguay, de l’Uruguay et de la Bolivie. [5] La sécheresse qui a touché le Sud et le Sud-Est du pays en 2020/21 a aussi entraîné la plus forte contraction de production dans le secteur de l’agrumiculture. L’Etat de Sao Paulo et le Sud du Minas Gerais forment un des premiers bassins de production d’oran-ges du monde. La chute de la production est estimée à 30,5%. [6] Ce que vise l’Accord de Paris adopté par 196 pays lors de la COP 21 à Paris, le 12 décembre 2015 et est entré en vigueur le 4 novembre 2016. Son objectif est de limiter le réchauffement climatique à un niveau bien inférieur à 2, de préférence à 1,5 degré Cel-sius, par rapport au niveau préindustriel. [7] Il y a quinze ans, les experts prévoyaient une grande sécheresse une fois tous les vingt ans sur la région. Aujourd’hui, ils estiment que le phénomène peut revenir deux fois sur chaque décennie. En juillet dernier, une étude publiée par la revue Nature a montré qu’en raison de l’avance de la déforestation et des incendies provoqués, l’Amazonie émet déjà plus de CO2 qu’elle n’en absorbe. [8] La Coalizão Brasil Clima, Florestas e Agricultura réunit plus de 300 partenaires (organi-sations représentant le secteur agricole et agro-industriel, ONGs de préservation de l’environnement, représentants du monde de la recherche et de l’université, associations professionnelles de branches et entreprises de premier plan des secteurs de l’industrie du bois, des cosmétiques, de la sidérurgie, de la filière du papier et de la cellulose.

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